Transition énergétique : le communisme est parmi nous

« Jamais dans l'histoire il n'a existé un tel divorce entre l'idéologie affirmée et les résultats de son application effective ». Voici ce qu'écrit l'historien roumain Julian Boia à propos du Communisme dans la conclusion de La mythologie scientifique du communisme, publié en 1993. Il est à craindre que l'histoire se répète sous nos yeux avec la transition énergétique. En y regardant de près, le mythe de la transition énergétique ressemble, par bien des aspects, au mythe communiste.  

Un nouveau système doit voir le jour, basé sur les énergies renouvelables, les économies d'énergie et les technologies innovantes. Tout fonctionne en théorie et l'avènement de la cité radieuse écologique n'est qu'une question de temps. Il n'y a pas de mots assez durs pour dénoncer la production énergétique et industrielle basée sur l'utilisation des ressources fossiles et il n'y a pas de mots assez doux pour promouvoir les énergies renouvelables. Le fossile, c'est l'énergie “bourgeoise” par excellence, celle que la révolution énergétique doit éradiquer.

Plus le temps passe et plus il apparaît clairement que les promesses de la révolution verte sont des chimères et, comme dans le cas communiste, le fossé se creuse davantage chaque jour entre dogme et réalité. Ainsi, comme l'a révélé récemment l'Académie des Sciences, la Nouvelle Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE3) préparée par le gouvernement est un assemblage d'utopies et de mensonges. Les estimations de consommation d'énergie et d'électricité sont incohérentes d'un bout à l'autre du document. Les rédacteurs de la PPE3 font mine d'ignorer ce que tout le monde sait : que la neutralité carbone à l'horizon 2050 est inatteignable. L'électrification massive des usages est incertaine, mais, de la même manière, ils font comme si elle était une évidence. Enfin, la PPE3 soutient la quadrature du cercle : continuer de développer massivement les énergies intermittentes tout renforçant l'outil nucléaire, certes pilotable, mais sans doute insuffisamment pour réagir aux chutes et aux augmentations brutales de production induites par l'éolien et le solaire…

Les autorités ne sont-elles pas en train d'écrire les plus belles pages d'une « transition heureuse » comme hier, Mitchourne et Lyssenko écrivaient celles de l'économie communiste ? Staline, avisé par ces deux "experts", avait lancé son grand plan de transformation de la nature qui devait mener triomphalement à l'explosion des performances agricoles. Résultats : les rendements baissèrent de manière significative et l'URSS, importatrice de denrées agricoles dans la réalité, affirmait qu'elle était devenue grande exportatrice… Ainsi, l'Europe et la France s'enfoncent toujours plus dans un système de production énergétique incohérent et dysfonctionnel tout en soutenant qu'il est formidable. Les résultats en matière de décarbonation sont quasiment invisibles, les prix de l'électricité sont en hausse constante, l'industrie pétrolière se détourne ostensiblement des renouvelables et les millions d'emplois de l'économie verte sont aux abonnés absents. Officiellement, la transition serait sur de bons rails, mais elle ressemble de plus en plus à la machine économique communiste qui fut, selon Julian Boia, « une voiture dont le moteur s'est arrêté » : « Les passagers descendent et poussent la voiture de leurs mains. Surprise agréable : elle roule. Il n'y a que trois inconvénients : elle roule très lentement, l'effort déployé est assez pénible et … ça ne peut pas durer longtemps ».

La voiture de la transition énergétique est en effet en train de s'arrêter et la coupure géante d'électricité sur la péninsule ibérique en est sans doute un signe annonciateur. La panne n'avait aucun rapport avec la demande d'électricité, à un niveau habituel. Mais, l'augmentation de la production d'électricité intermittente a été très forte et très rapide : en quelques heures, elle a été multipliée par trois et a contraint le régulateur à diminuer de moitié la production électrique issue des sources pilotables et à exporter en urgence l'électricité excédentaire. Il y a quelques mois à peine le gestionnaire du réseau espagnol alertait sur les risques sévères de coupure d'électricité liés à la « forte pénétration des énergies renouvelables ». L'origine exacte du problème n'est pas encore connue et certains ont nié le rôle de l'éolien et du photovoltaïque. Il n'en demeure pas moins que ces énergies fragilisent les réseaux et les usent prématurément. Le communisme, disait Lénine, « c'est le gouvernement des Soviets, plus l'électrification de tout le pays ». On se demande si la transition écologique n'est pas « le pouvoir d'officines technocratiques et moins d'électrification du pays ».

Beaucoup d'élites françaises ont soutenu le système communiste lorsque celui-ci perpétrait les pires atrocités sous Staline ou Mao. Ils abandonnèrent les lubies soviétiques avec retard, lorsque le dégel avait déjà commencé. Les élites empreintes d'écologisme énergétique reproduisent malheureusement le comportement délétère de leurs aînés marxistes. Malgré les évidences, elles continuent de louer les qualités d'un système calamiteux. Si, Dieu merci, l'idéologie de la transition ne fait pas autant de morts que l'idéologie communiste, c'est que les idéologies, comme les guerres, s'assagissent avec le temps. Les conflits militaires modernes ne déciment plus de Grande Armée ni de Poilus par millions. Les idéologies d'aujourd'hui, à leur image, sont économes en vies humaines, mais font malheureusement d'innombrables victimes : entreprises ou ménages pris à la gorge par la montée des prix.

La suite est connue : les amoureux de la transition vont bientôt s'en détourner. Avec un temps de retard sur tout le monde, ils vont réaliser l'inanité du système qu'ils chérissaient. Comme le communisme, et pour reprendre les mots de Julian Boia, l'écologisme énergique « a été un piège de l'histoire ». Et « comme dans tout piège, il est plus facile d'y entrer que d'en sortir ».