Une incroyable écologie disséquée par Bertrand Alliot

Porte-parole de l'association Action Écologie, chroniqueur régulier pour Valeurs actuelles, Bertrand Alliot revient dans son dernier livre sur la genèse de l'écologie politique, cette religion planétaire qui nous pousse à disparaître pour mieux nous sauver. Une réflexion passionnante - et optimiste ! - sur le présent et l'avenir de nos sociétés contemporaines.

Propos recueillis par Mickaël Fonton et publiés sur le site de Valeurs Actuelles.

Quelle est pour vous la meilleure définition de l'écologie aujourd'hui ?

L'écologie est une discipline scientifique qui étudie les milieux naturels et les "écologues" sont ceux qui en ont fait leur spécialité. Mais lorsque nous utilisons le mot écologie aujourd'hui nous ne faisons pas référence à cette discipline. Nous désignons un mouvement qui considère que nous sommes au cœur d'une crise existentielle à cause de problèmes d'environnement engendrés par les hommes et que nous devons mener des politiques de salut public pour nous en sortir. Les écologistes font donc du sujet environnemental une question de vie ou de mort. Naturellement, ils voudront que l'environnement soit la priorité des priorités et s'impose à toute autre considération. Les politiques "écologiques" ont donc l'objectif de sauver notre monde (aujourd'hui en réduisant drastiquement les gaz à effet de serre notamment) et sont très différentes des politiques de l'environnement. Celles-ci ont pour objectif de réduire au maximum les pollutions, les nuisances et les risques.. Les politiques environnementales viennent simplement corriger, a posteriori, les effets pervers de nos activités domestiques, agricoles, industrielles… Elles ne sont donc jamais dictatoriales.

MF. En quoi est-elle "incroyable" - pour reprendre le titre de votre ouvrage ?

L'incroyable écologie est en fait une référence à l'incroyable Hulk de l'univers Marvel. Pour bien illustrer les définitions que je donne de l'environnement et de l'écologie, j'explique que l'environnement, c'est Bruce Banner, un type normal comme vous et moi, mais qui se transforme en un monstre vert si puissant qu'il peut tout détruire sur son passage… Cela signifie que l'environnement et l'écologie sont la même personne, mais qu'il y a eu un processus de transformation qui l'a fait changer d'état. Cette transformation est dûe au changement de statut de l'environnement : quand celui-ci est élevé au rang de priorité absolue, il devient écologie, c'est-à-dire puissant et dictatorial. C'est logique puisqu'il n'a maintenant qu'une obsession : sauver le monde.

Quel a été le rôle du « développement durable » dans cette transmutation de l'environnement en écologie ?

L'expression développement durable, vous l'aurez remarqué, a un peu disparu alors qu'elle a beaucoup été utilisée auparavant, notamment dans le monde de l'entreprise. En fait, le développement durable, c'est l'environnement qui commence à se transformer en écologie, mais qui arrête sa transition au milieu. Il s'agit donc d'une écologie "avortée". Le développement durable, pour faire simple, est une théorie qui reconnaît l'existence de cette crise existentielle, mais qui croit, dans le cadre de l'élaboration de la réponse à la crise, qu'il est possible de concilier les objectifs économiques, sociaux et environnementaux . Le développement durable lorsqu'il est concrètement mis en œuvre par les entreprises, l'Etat ou les collectivités locales, se résume à de classiques politiques de protection de l'environnement ou des politiques sociales. C'est le statu quo. C'est pourquoi, pendant au moins deux décennies, le développement durable a rencontré un grand succès en entreprise : pour sauver la planète, il n'était pas nécessaire de renverser la table en mettant en œuvre des politiques radicales. Petit à petit, la transformation s'est pourtant poursuivie et nous sommes entrés dans l'ère de l'écologie. Avec le Pacte vert pour l'Europe, il faut décarboner à tout prix de manière urgente et "restaurer la nature" : la priorité absolue est mise sur l'environnement au détriment du social et de l'économique. L'incroyable écologie est bel et bien là et l'expression développement durable a logiquement disparu tandis que le mot écologie s'est imposé partout. Finalement, le développement durable a été une étape intermédiaire entre l'ère de l'environnement et l'ère de l'écologie

Vous soulignez aussi à quel point les institutions internationales ont été motrices dans le développement de ce phénomène...

Pendant de longues décennies, les Etats se sont contentés de mener des politiques de l'environnement et n'ont pas pris au sérieux le discours sur la "crise écologique". La priorité était d'améliorer le niveau de vie des citoyens en favorisant l'économie. Ils tenaient donc les écologistes et leurs discours alarmistes à distance. C'est la raison pour laquelle, faute de mieux, les activistes écologistes se sont réfugiés dans les institutions internationales et ont tout fait pour qu'elles s'emparent du sujet. Ils ont parfaitement réussi car ces instances internationales étaient en quête de légitimité. Elles ont cherché à exister grâce à des sujets périphériques qui n'intéressaient pas les Etats mais qui avaient une résonance planétaire. Il n'a donc pas été difficile de les convaincre et les Etats les ont laissé faire parce qu'ils estimaient que c'était sans conséquence... C'est ainsi que sont nés Le PNUE (Programme des Nations Unis pour l'Environnement) et le GIEC (Groupe d'Experts sur l'Evolution du Climat) et qu'ont été organisées toutes les grandes conférences mondiales pour sauver la Terre… Les Etats ont participé volontiers à ces grands messes et à force d'être travaillés au corps, ils se sont sentis peu à peu obligés de mettre en œuvre des politiques écologiques coercitives. C'est particulièrement vrai sur notre continent où l'Union Européenne, qui est un Etat-Nation en construction, a gardé les réflexes d'une institution internationale. Elle croit qu'elle peut faire le "bien" sans que cela ait de conséquences sur son peuple, car, loin du terrain, elle ne ressent pas avec beaucoup d'acuité les effets de ses politiques. Mais c'est bien sûr en train de changer. La résistance s'organise à l'échelon européen où le Pacte vert est progressivement remis en cause.

Qu'est-ce qui, selon vous, explique le succès de la "crise climatique" ?

Le sujet climatique est très important car il est celui qui a véritablement fait sortir les Etats du cadre environnemental habituel. Avant le climat, il y a eu bien d'autres "crises" : la démographie, les pluies acides, la couche d'ozone, la technologie nucléaire. A chaque fois, on devait tous mourir. Mais on a totalement oublié ces crises et on est passé à la crise climatique. C'est cette crise qui a conduit les Etats, lentement mais sûrement, à tomber dans l'écologie. D'abord, l'invention du GIEC a été génial : par un jeu de manipulation, il a permis de rendre non pas le réchauffement climatique indiscutable, mais la crise climatique indiscutable… Or ce n'est pas parce qu'il y a un réchauffement climatique qu'il y a une crise climatique. Ensuite, le récit de la crise peut être ravivé sans cesse grâce à la météo. Dès qu'il se passe un événement climatique exceptionnel quelque part sur le globe (à peu près tout le temps), on remet une pièce dans le jukebox de l'alarmiste. Enfin,  le problème est si vaste que quelque soit nos actions, nous ne parvenons pas à le régler. Ainsi, il est impossible de refermer le chapitre climatique car nous nous situons toujours au stade où nous n'avons encore rien fait.

En quoi vous semble-t-elle particulièrement à même de générer de l'idéologie ?

En fait l'écologie met en scène une crise et elle nous enjoint en même tant de nous mobiliser. Problème : cette crise ne se matérialise pas vraiment, pas plus que la réaction salvatrice qui doit lui succéder. L'écologie se retrouve donc coincée entre deux attentes : l'attente de la catastrophe et l'attente de la réaction salvatrice. Comme rien ne se passe, ni du côté de la crise, ni du côté de la réaction, il faut remplir l'espace (ou le temps) avec du discours. C'est là qu'apparaît l'idéologie qui n'est rien d'autre qu'une religion sans Dieu. L'écologie veut sauver l'humanité : elle se situe dès l'origine dans la dimension mystique du salut et va naturellement produire du religieux. C'est pourquoi tout est dogmatique et qu'il y a tant d'interdits. Il est quasiment impossible de discuter sereinement de ces sujets.

Pourquoi a-t-elle conquis la totalité des sociétés occidentales ?

Parce que les sociétés occidentales sont d'abord des sociétés de  bien-être et qu'elles ont réglé en grande partie les problèmes de survie. Plus la vie est douce et plus les sociétés aiment s'inventer des problèmes existentiels. Dans la savane africaine, personne ne fait de thérapie pour se soigner de la peur des araignées. Ce sont des symptôme de sociétés riches. Il faut aussi dire que le religion moderne de l'écologie remplace les religions anciennes. On a de plus en plus de mal à s'inscrire dans le récit biblique et ce récit qui concerne l'espèce humaine et la planète Terre a quelques attraits.

Vous la voyez cependant quitter peu à peu le terrain ; pourquoi - et comment ?

Oui parce que nous sommes des sociétés de moins en moins riches. Les politiques écologiques de décroissance menées dans le cadre du Pacte vert pour l'Europe sont en train de ruiner le pacte social. Les européens ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. L'Etat est par ailleurs ruiné et n'a plus les moyens de dépenser des centaines de milliards d'Euros pour décarboner l'économie. Il faut aussi avoir à l'esprit le contexte géopolitique tendu. Autrement dit, l'Europe est confrontée à de vraies crises : on ne les attend pas, contrairement à la crise écologique, elles sont déjà là. Les considérations écologiques, par nécessité, devraient donc passer au second plan. Mais cela ne va pas se passer facilement. Il va y avoir des heurts. A mesure que l'Etat détricote les mesures coercitives écologiques pour faire respirer l'économie, les écologistes sont de plus remontés. Ils deviennent violents et passent à l'action directe : regardez ce qu'ils sont déjà capables de faire au sujet de l'A69 et des bassines. Nous n'avons pas encore atteint le paroxysme de la violence écologique.

Transition : il est urgent de ne rien faire

 Chronique publiée dans le numéro 26 de Transitions & Energies

Le 27 novembre 2018, en pleine crise des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron avait prononcé un discours resté dans les mémoires sur « la stratégie française en matière de transition énergétique ». En cohérence avec ses promesses de campagne, il avait annoncé conserver l'objectif de réduire à 50% la part de l'énergie nucléaire dans le bouquet énergétique français. Il déclarait ainsi que la centrale de Fessenheim serait fermée à l'été 2020 et qu'ensuite, « 14 réacteurs de 900 mégawatts » seraient arrêtés d'ici 2035.

A l'époque, il est peu de dire que ces déclarations avaient suscité une désapprobation massive. Pour la plupart des observateurs, cette décision demeurait incompréhensible : la France renonçait à un de ses atouts économiques majeurs, son parc électro-nucléaire. Dans le même discours, Emmanuel Macron déclarait qu'il fallait se "désintoxiquer des énergies fossiles" et donc augmenter la production d'électricité pour compenser la diminution des énergies carbonées. Enclencher le démantèlement de centrales électriques parfaitement fonctionnelles tout en préconisant une électrification massive des usages, il fallait oser. Le renouvelable intermittent et le stockage d'énergie devaient seuls réaliser cette prouesse. Personne ne croyait à cette fable et tout le monde riait jaune : le Président déclarait, dans une France à feu et à sang, vouloir répondre à l'urgence sociale alors que l'application de ses brillantes idées conduirait immanquablement à une explosion des prix de l'électricité.

Cette politique de l'énergie était si pleine d'incohérences qu'elle fut abandonnée 3 ans plus tard et qu'il fut décidé une relance du nucléaire : il ne s'agit plus de fermer 14 réacteurs mais de prolonger la durée de vie des centrales, de construire au moins 6 EPR et de multiplier les mini réacteurs modulaires (SMR) ! L'équipe présidentielle qui semblait si convaincue du bien-fondé anti-nucléaire de son projet 36 mois plus tôt, avait pris un tournant à 180 degrés.

Nous voilà donc rassurés : nous savons que nos dirigeants peuvent revenir à la raison. Même si cela peut prendre du temps et coûter beaucoup d'argent (Fessenheim), ils peuvent changer d'avis rapidement. Les mêmes responsables politiques sont aujourd'hui si convaincus du bien-fondé de leur nouvelle Programmation Pluriannuelle de l'Énergie qu'on peut espérer qu'ils en abandonnent bientôt les principes.

Leur nouvelle idée de génie est d'adosser à la puissance nucléaire une forte capacité de production d'énergie renouvelable intermittente tout en postulant une électrification massive des usages et l'augmentation importante de nos capacités de stockage d'énergie. Les observateurs s'indignent derechef : le nucléaire, contrairement au gaz, n'est pas fait pour ajuster la production d'électricité en fonction des caprices de l'intermittence. Nous allons donc construire deux filières de production parallèle qui ne sont pas faites pour fonctionner en complémentarité. Le prix de production risque d'exploser. Les EPR sont des machines très coûteuses à construire (on parle de 7 à 12 milliards d'Euros par réacteur) et les énergies renouvelables, puisqu'elles nécessitent des solutions de flexibilité (batteries, STEP, hydrogène) et qu'elles obligent à densifier considérablement les réseaux, sont des gouffres financiers. Le risque de se retrouver en surcapacité de production est par ailleurs bien réel avec l'inconvénient de devoir supporter l'entretien coûteux d'une Ferrari alors que nous aurions besoin d'une Deux-Chevaux.

Gageons donc qu'aujourd'hui comme hier nos gouvernements reviennent à la raison et abandonnent leur projet de développer massivement les énergies renouvelables intermittentes. Pourtant, il est possible qu'il soit nécessaire d'aller encore plus loin. Si les experts s'attendaient bien, après les difficultés de production de 2020 à 2023, a un retour en force de la production, ils n'avaient pas anticipé de telles surcapacité de production. Le retour rapide et tonitruant du nucléaire, l'hydroélectricité boostée par une météo très favorable et l'explosion des capacités de production solaire ont surpris tout le monde, obligeant même la France à exporter l'électricité à des prix négatifs !

D'où cette interrogation : a-t-on besoin de renforcer nos capacités de production électrique et ne faut-il pas rompre avec ce qui ressemble à une stratégie de « surinvestissement » ? D'autant plus que l'électrification des usages sur laquelle tout le monde parie est très hypothétique et que la demande d'électricité est en baisse. En réalité, nos infrastructures fonctionnent parfaitement et dans la mesure où nous pouvons sans difficulté augmenter de 20 ans la durée de vie de nos Centrales, rien ne presse. C'est pourquoi, la décision la plus sage serait de ne rien faire. Suspendre d'abord toute politique favorable aux renouvelables, mais aussi geler pour un certain temps les projets d'EPR. La transition doit s'arrêter le temps que se dissipe le brouillard. Plutôt que de changer tout le temps d'avis, la fine équipe présidentielle doit apprendre à se tourner les pouces. Au point où nous en sommes, diriger, c'est refuser de prévoir.

Un journalisme qui dérange... Réponse à Mediapart !

Médiapart a publié, le 19 janvier 2025, un article intitulé « Action Écologie, autopsie d’une offensive anti-écolo issue de l’extrême droite ».

Je ne m’attendais pas à un portrait hagiographique, mais je dois dire que j’ai été frappé par la médiocrité de l’article et surtout par sa malhonnêteté. Cette volonté de me nuire est spectaculaire.

Voici un droit de réponse.

« L'article signé par Lucie Delaporte au sujet d'Action Écologie, organisation dont je suis le porte-parole, présente de graves manquements à la déontologie journalistique. Il n'a manifestement pour but que de nous classer, de façon impropre, dans le camp politique de « l'extrême droite » et d'entacher ma réputation. 

1.   Notre colloque à l'Institut de France

 Sans avoir été présente lors de l'évènement et sans citer la moindre source, Lucie Delaporte se permet d'indiquer que le colloque que nous avons organisé à l'Institut de France ne comptait qu'une quarantaine de personnes, « une majorité d'homme retraités » et qu'à « la pause-café » se croisaient « un représentant de l'Institut du porc », un « ancien des relations publiques de Bayer-Monsanto » et « un représentant du think tank libéral l'institut Sapiens ».

 Si Lucie Delaporte était venue à l'évènement ou si elle avait enquêté honnêtement, elle aurait su que la salle qui comptait 100 places assises était presque pleine (ce qui est confirmé par la liste d'émargement) et elle aurait pu noter la présence, en plus des personnes qu'elle mentionne, d'un écologue, d'un membre du Shift Project de Jean-Marc Jancovici, de plusieurs militants animalistes, d'un chasseur… En réalité, le public de ce colloque était très diversifié.

2.   Action Écologie et le climatoscepticisme

 Lucie Delaporte indique par ailleurs qu'il s'agissait d'un colloque « climatosceptique ». Or, comme le démontre le titre, le programme et les vidéos des interventions, ce colloque ne portait pas sur le climat, mais sur le mouvement de l'écologie qu'il s'agissait de comprendre et de caractériser. Lucie Delaporte indique aussi la présence de « plusieurs figures du Climatoscepticisme en France », mais ne cite étrangement que Benoît Rittaud, président de l'Association des Climato-réalistes. Qui étaient les autres climatosceptiques ? En réalité, aucun autre intervenant (Bertrand Alliot, Chantal Delsol, Philippe Fabry, Thomas Lepeltier, Jean-Paul Oury, Jean de Kervasdoué) ne peut sérieusement être rangé dans cette catégorie.

L'acharnement à vouloir absolument nous qualifier de « climatosceptiques » se poursuit lorsqu'elle indique que « Action Écologie assume à mots à peine feutrés son climatoscepticisme ». J'ignore ce qu'entend Lucie Delaporte lorsqu'elle emploie ce mot mais, pour éclairer notre position, elle aurait pu simplement retranscrire ce que nous exprimons quasi quotidiennement dans nos interventions publiques et ce que nous lui avons dit au téléphone : contrairement au ONG, nous sommes anti-catastrophistes et nous estimons que le réchauffement climatique actuel n'est pas synonyme d'apocalypse. Par ailleurs, nous estimons que les politiques anti-CO2 mises en place dans le cadre du Pacte vert qui induisent des dizaines de milliards d'euros de dépenses chaque année n'ont aucun résultat et n’en n’auront sans doute jamais. Il est donc temps, selon nous, de revenir aux sujets environnementaux dont plus personne ne parle : pollutions (eau, sol…), nuisances (bruit, déchets…), risques naturels et industriels.

Enfin, Lucie Delaporte déclare que je fais une « analogie glaçante » entre le climat et l'épidémie de sida mais se garde bien de rendre compte de la nature de mes propos. Lucie Delaporte m'a interrogé sur le « consensus scientifique » qui soutiendrait le diagnostic de catastrophe ou de crise écologique. Pour lui répondre, j'ai illustré ma position en faisant mention du rôle souvent délétère qu'ont eu certains scientifiques lors de certaines crises du passé. J'ai effectivement cité le Sida, mais aussi (ce qu'elle ne dit pas) la covid, la vache folle, le trou de la couche d'ozone, l'augmentation de la population mondiale, la technologie nucléaire. Dans toutes ces crises qui ont fait l'actualité pendant des mois, des années voire des décennies, certains membres de la communauté scientifique, en se transformant en activistes militants, ont participé à faire naître des paniques injustifiées au sein de la population. Or, une étude honnête et lucide de ces crises passées permet de constater que l'alarmisme fut porté à des niveaux disproportionnés au regard des enjeux réels.

Ce fut le cas en effet dans la crise du sida pour la population hétérosexuelle en occident comme le démontre par exemple James Chin, épidémiologiste et responsable de l'évaluation et la surveillance de l'épidémie de Sida à l'OMS dans son remarquable livre « The AIDS Pandemic: The Collision of Epidemiology With Political Correctness ». L'activisme scientifique, le militantisme associatif, le politiquement correct et la mobilisation de moyens financiers considérables ont, de façon répétée dans l'histoire récente, constitué un cocktail explosif ayant provoqué une explosion de l'anxiété parmi la population et ayant entraîné les autorités publiques dans des politiques inadaptées, dispendieuses et inefficaces.

3.       Action Écologie et la biodiversité  

Lucie Delaporte signale ensuite mon entretien au magazine Le Point où j'expliquerais selon elle « que la biodiversité se porte très bien en Europe ». La lecture dudit entretien lui aurait permis de constater que ces propos n'ont pas été tenus. J'ai, comme le reflète le titre de l'article, affirmé qu'il n'y avait pas « d'effondrement de la biodiversité en Europe » ce qui n'a pas du tout le même sens. Ensuite, Lucie Delaporte mentionne « une levée de bouclier de la communauté scientifique ». Une rapide étude de la polémique qui a suivi la publication de cet article démontre facilement que ce n'est pas « la communauté scientifique » qui s'est mobilisée, mais les organisations ou les personnalités du monde de l'écologie parmi lesquelles, pour les plus virulents, Quota Climat, Vert Le Média ou Hugo Clément.

4.   Entacher la réputation de Bertrand Alliot par tous les moyens

Lucie Delaporte consacre ensuite une partie de l'article à essayer d'entacher ma réputation avec des méthodes particulièrement scandaleuses. Elle affirme tout simplement que j'utilise abusivement de titres que je ne posséderais pas.

Je me présente peu ou prou toujours de la même manière : je suis « environnementaliste, ingénieur-maître en gestion de l'environnement et docteur en science politique ». Mais, Lucie Delaporte a découvert en parcourant Internet que j'étais, « sur certaines vidéos » (lesquelles ?), « présenté comme ingénieur tout court et parfois comme "professeur" d'université ».

Il est peut-être arrivé que je sois présenté par d'autres comme « ingénieur » alors que je suis en réalité « ingénieur-maître ». D'après elle, le titre d'ingénieur-maître n'est plus employé aujourd'hui « pour ne pas entretenir la confusion avec le titre d'ingénieur rigoureusement encadré par la loi ». Elle propage ici une fausse information. Le titre d'ingénieur-maître, lui aussi « strictement protégé par la loi », n'est plus délivré par l'université parce qu'il était attribué par les Instituts Universitaires Professionnalisés (IUP) au niveau Bac + 4, correspondant à un diplôme de maîtrise. Or, la mise en place du système LMD (Licence Master Doctorat) a fait disparaître le niveau Maîtrise et donc les IUP et, par là même, la délivrance du titre d'ingénieur-maître. Mais, ceux qui l'ont obtenu, comme moi, sont parfaitement en droit de le faire valoir.

Par ailleurs, comme le rappelle le site Techno-Science.net, le titre d'ingénieur-maître « a été créé par le législateur dans le but de former des ingénieurs universitaires dans des domaines alors délaissés par les écoles traditionnelles ». Autrement dit, le titre d'ingénieur-maître a été créé pour permettre aux universités de délivrer un titre proche de celui d'ingénieur… Non seulement, contrairement à ce que laisse penser Lucie Delaporte, je ne me présente jamais comme ingénieur, mais, en plus, si confusion il devait y avoir entre les deux titres, elle a été souhaitée non par moi, mais par le législateur lui-même.

Bref, si j'ai pu être qualifié, à de très rares occasions, d’« ingénieur », ce n'est pas de mon fait, ça n'a aucune espèce d'importance et, surtout, ça ne permet à personne d’affirmer que j’utilise « abusivement » d'un titre que je ne possède pas.

Le plus grave est encore à venir. Lucie Delaporte a donc trouvé un document (un seul !) datant de plus de 10 ans avant mon engagement à Action Ecologie et émanant de la Faculty of European Studies de Roumanie où je suis qualifié, d'après elle, de « "professeur" d'université ». Dans le cadre de mes fonctions d'enseignement à l'université, j'ai, pendant plusieurs années, donné des cours dans cette faculté et mes amis roumains ont cru bon de m'appeler « professeur » (et non « professeur d'université »). Quelle étrangeté d'être ainsi qualifié lorsqu'on a des activités d'enseignement... Mais, il faut donc noter que Lucie Delaporte écrit non pas « professeur », mais « "professeur" d'université » en mettant entre guillemet uniquement le mot professeur… Elle sait parfaitement que je suis uniquement qualifié de professeur (son usage des guillemets le prouve), mais laisse croire à ses lecteurs que je suis qualifié de « professeur d'université » ce qui pourrait être en effet problématique et tendancieux (en admettant que j'en sois responsable…). Pourtant, ce n'est, en aucune manière, le cas. Lucie Delaporte propage délibérément de fausses informations avec des méthodes inqualifiables.

En résumé, avec ces éléments totalement insignifiants et en usant de méthodes malhonnêtes, Lucie Delaporte entretient la confusion et trompe volontairement le lecteur pour entacher ma réputation. Elle affirme que j'utilise abusivement des titres « protégés par la loi », en l'espèce celui d'ingénieur et celui de professeur d'université : ceci est totalement faux et, au passage, diffamatoire.

Par conséquent, les vraies informations sont les suivantes : Bertrand Alliot utilise des titres « protégés par la loi », ceux d' « ingénieur-maître » et de « docteur en science politique » ; il en a  parfaitement le droit et continuera de le faire. Par ailleurs, Bertrand Alliot, il y a plus de 10 ans, a été qualifié de « professeur » dans un document d'une faculté roumaine lorsqu'il était Assistant d'Enseignement et de Recherche à l'Université…

Dans la même veine, Lucie Delaporte rapporte qu'à la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), « selon les témoignages recueillis par Mediapart, ses positions ultra-droitières ont fini par indisposer ? ». Quelles sont les personnes interrogées à la LPO ? C'est un mystère puisqu'elle ne donne pas ses sources. Je passe sur l’aspect grotesque de cette accusation (il suffit de faire une enquête sérieuse sur mes 30 ans passés à la LPO) pour noter à nouveau l'usage pervers (il n'y a pas d'autre mot) de la ponctuation. La phrase est affirmative, mais finit étrangement par un point d'interrogation. Là encore, la méthode consiste à faire croire au lecteur que la chose est avérée, que j'ai tenu des positions non de droite, non d’extrême droite, mais « ultradroitières » dans une association ayant pour but de protéger les oiseaux... Cependant, comme elle n'a aucun élément pour le prouver (les témoignages sont-ils réels ou inventés ?), elle ajoute habilement un point d'interrogation à une phrase affirmative…

 Enfin, elle affirme que ma participation à l'université d'été du parti Reconquête a créé un « malaise au sein de (mon) université puisqu’(je) (m)’y étai(s) présenté comme membre de l’université Gustave-Eiffel ». Comme je lui ai expliqué au téléphone, je ne me suis jamais présenté comme membre de l'université à cette occasion (ni à aucune autre dans le cadre de mes activités privées) : il s'agit d'une erreur des organisateurs qui a été corrigée, à ma demande expresse, immédiatement après la sortie du programme (ce dont mon employeur se souvient parfaitement). Il suffit de taper sur un moteur de recherche « Bertrand Alliot Reconquête » pour tomber facilement sur un programme indiquant « Bertrand Alliot, Action Écologie ». Au passage, j'ai signalé à Lucie Delaporte que j'étais intervenu dans au moins 5 autres partis du centre et de la droite, mais elle n'a pas jugé utile de le mentionner.

5.   Action Écologie, une organisation d'« extrême droite »

Lucie Delaporte s'efforce enfin dans son article de classer Action Écologie à « l'extrême droite » du spectre politique en la mariant de manière beaucoup trop rapide à certaines personnalités ou certaines organisations (qui ne peuvent au passage être sérieusement classées à l'extrême droite) comme Charles Gave ou l'Institut de Formation Politique (IFP).

Il est vrai qu'Action Écologie a été créée par des personnes émanant de l'IFP, peut-être classées à droite mais surtout exaspérées par une écologie prise en otage par des idéologues de gauche. Mais quel dommage de n'avoir pas évoqué un point essentiel qui aurait pu intéresser le lecteur. Depuis que j'ai rejoint Action Écologie (2 ans après sa création, je n'ai jamais eu de lien avec l'IFP auparavant), je ne cesse de répéter à nos soutiens ou nos suiveurs plutôt ancrés à droite (notre discours n'intéresse malheureusement pas beaucoup les personnes classées à gauche) qu'il ne faut pas mélanger les thèmes environnementaux avec les marqueurs de la droite. Autrement dit, il ne faut pas reproduire la faute commise par les représentants habituels de l'écologie qui mêlent leurs obsessions égalitaires et émancipatrices (qui peuvent être légitimes) au combat pour la préservation de la planète.

Je répète donc inlassablement qu'il ne faut pas mêler les obsessions identitaires de la droite (qui peuvent être légitimes) aux positionnements sur les politiques environnementales. Lucie Delaporte connaissait parfaitement cette ligne directrice d'Action Écologie puisque je la lui ai exposée au téléphone et qu'elle m'a dit avoir écouté mes débats avec certains représentants de la droite, mais elle passe l'information volontairement sous silence. Par ailleurs, il faudrait lui rappeler que le WWF a été créé par un eugéniste et la LPO par des chasseurs… C'est le destin des structures de trouver leur propre chemin… Qu'adviendra-t-il de Médiapart maintenant que son créateur est parti ?

 Pour finir et pour votre information, Action Écologie n'a absolument aucun lien avec Charles Gave, l'Institut des Libertés ou les actionnaires du magazine Transitions & Énergies contrairement à ce que laisse penser l’article.

Tout au long de son article, le manque d'honnêteté intellectuelle de Lucie Delaporte est flagrant et les méthodes qu'elle utilise sont en totale contradiction avec la déontologie journalistique".